Que se passe-t-il ?
Le monde des tickets est en effervescence. Le problème est le marché gris des tickets de concert sur Internet. Sur le web, on propose des tickets de concerts et de festivals – épuisés – à des prix nettement plus élevés que les prix de vente officiels.
Ce marché alternatif est poussé surtout par des spéculateurs, qui achètent des tickets de manière systématique. Cela leur permet de faire grimper les prix artificiellement.
Ces arnaqueurs sont bien organisés et travaillent très professionnellement. En Grande-Bretagne, par exemple, ils utilisent un logiciel spécialisé, pour avoir de l’avance sur les acheteurs particuliers dès le départ de la mise en vente en ligne.
Le consommateur n’est pas seulement une victime. De nombreuses personnes commencent à considérer le circuit parallèle comme un source intéressante de revenus supplémentaires.
Causes
Les problèmes liés à la vente des tickets remontent à l’origine des concerts. Le monde du rock n’est d’ailleurs pas le seul concerné. Les manifestations sportives et autres événements populaires sont confrontés aux mêmes types de problème.
Le plus grand problème est la falsification. Celle-ci touche en effet à la fois l’organisateur et l’acheteur. Heureusement, ce phénomène reste rare. En outre, la technologie est tellement avancée que les tickets peuvent être de mieux en mieux sécurisés.
Le marché gris est moins risqué, mais beaucoup plus présent. Il est vieux comme le monde. Jusqu’il y a peu, c’était sur cette scène que les spéculateurs étaient actifs. Les vendeurs de rue font partie des concerts, autant que les rappels.
L’Internet a considérablement élargi leur champ d’action. Leur terrain de travail se déplace de plus en plus de la rue vers les autoroutes de l’information. C’est d’ailleurs logique. Elles permettent de toucher plus de clients potentiels plus facilement.
Les spéculateurs rencontrent un public très avide sur le net. Cela est dû aux changements radicaux vécus par l’industrie de la musique ces dernières années. À leur origine, on trouve – une fois de plus – l’Internet. Les téléchargements massifs ont entraîné une fameuse baisse de la vente des CD.
Cela implique une perte de revenus pour la plupart des artistes. Cela les oblige/incite à jouer plus souvent en concert. De nombreuses grosses pointures ont repris la route. L’offre plus raffinée et plus large entraîne une hausse remarquable. Les concerts sont un passe-temps très populaire et leur succès va croissant.
La démographie joue ici un rôle important. L’industrie des concerts n’a pas encore atteint son plafond. Expliquons cela par un exemple : en 1966, les Rolling Stones étaient en vogue auprès des jeunes de 15 à 25 ans ; en 2006 ils plaisent à des personnes de 15 à 65 ans. Le public potentiel s’est donc fortement étendu. Et il a encore un bon potentiel de croissance.
L’offre et la demande sont importantes. Les goulots d’étranglement sont inévitables : pour certains concerts, la demande de tickets dépasse très largement l’offre. C’est à ce moment-là que les spéculateurs entrent en action.
La probabilité d’une disparition automatique du phénomène est au fond inexistante. Sauf si les concerts étaient soudain beaucoup moins fréquentés et/ou si plus personne ne voulait écouter du rock ou de la pop. Il est également très difficile de multiplier l’offre. On peut reproduire une pellicule de cinéma, mais – malheureusement – pas Robbie Williams. En plus, Robbie est de plus en plus demandé. Il doit passer à Anvers, à Moscou et à Pékin et de préférence en même temps.
Conséquences possibles
Sans mesures, le marché gris peut entraîner une désorganisation considérable du marché à plus long terme. Le risque de voir les concerts devenir financièrement inaccessibles est réel. Aujourd’hui, le prix des tickets est déterminé par les règles du bon sens commercial. Cela profite à la fois à l’artiste et à l’organisateur, mais aussi au public, qui ne doit pas se saigner pour pouvoir être de la partie. Bref : le rapport qualité-prix est relativement sain.
Le marché gris bouleverse ce schéma. Le prix affiché des tickets grimpe en flèche tant que les vendeurs peuvent trouver assez d’amateurs prêts à payer le prix le plus cher possible. Et celui-ci peut être nettement plus élevé.
Les concerts risquent de devenir réservés aux personnes qui peuvent se les payer. Et celles-ci sont d’office moins nombreuses que celles qui souhaitent acheter un ticket. De nombreuses personnes devront donc inévitablement décrocher, qu’ils le veuillent ou non. À long terme, cela risque d’entraîner une baisse du public potentiel.
Le marché gris est un double fléau pour le milieu des concerts. L’argent payé en supplément par les acheteurs d’un ticket « gris » ne pourra pas être dépensé en achetant d’autres tickets. Le même montant supplémentaire ne bénéficie pas à l’artiste non plus.
Un nouveau fléau succède donc au téléchargement. Celui-ci entraînera sans aucun doute une hausse du prix des tickets de concert. Les artistes ne se laisseront pas conduire à l’abattoir sans résister. Ils essaieront donc d’empêcher qu’une partie de l’argent ne tombe aux mains des arnaqueurs en augmentant leur propre cachet. En outre, ils ne sont pas stupides. Ils remarquent évidemment aussi que de nombreuses personnes sont disposées à payer leur ticket un peu plus cher.
L’argent est une chose, mais l’amusement doit primer. Et là encore, le marché gris a une grande influence. Il entoure l’expérience de l’achat d’un ticket et de la participation à un concert d’une aura nettement plus négative.








